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Qu’est ce que le Biocontrôle ? Toutes les solutions utilisées en 2020

Les solutions de biocontrôle font maintenant partie intégrante de la panoplie des outils utilisés par les agriculteurs pour protéger leurs cultures contre les principaux ravageurs.

En quoi consiste le biocontrôle ?

Ces solutions sont des organismes vivants ou des produits qui utilisent ou imitent des mécanismes naturels pour maintenir les ravageurs d’une culture en dessous de leur seuil de nuisibilité.  

Cette transposition de mécanismes naturels permet de minimiser les impacts sur l’environnement et la santé humaine.

Leurs bénéfices s’expriment complètement dans le cadre de la protection intégrée des cultures. L’agriculteur doit adapter ses systèmes de cultures pour maximiser l’interaction et l’efficacité des différents moyens de lutte utilisés (mesures prophylactiques, favoriser la biodiversité, variétés résistantes, utilisation des couverts végétaux, ……).

Les solutions de biocontrôle sont classées en 4 catégories :

  • Les macro-organismes qui sont des organismes vivants utilisés en lutte biologique.
  • Les produits à base de médiateurs chimiques soumis à homologation.
  • Les produits à base de microorganismes soumis à homologation.
  • Les produits à base de substances naturelles soumis à homologation.

La liste des produits soumis à homologation est mise à jour chaque mois et consultable à l’adresse suivante :  https://ecophytopic.fr/proteger/liste-des-produits-de-biocontrole

La liste des macro-organismes est consultable à l’adresse suivante :

https://www.anses.fr/fr/content/liste-des-avis-macroorganismes

Il existe aujourd’hui plus de 500 produits de biocontrôle à la disposition des agriculteurs auxquels s’ajoutent environ 70 macro-organismes.

La catégorie des substances naturelles, qui est la plus utilisée, a peu évolué en 1 an : elle comprend 41 substances différentes commercialisées dans 380 produits formulés.

Celle des médiateurs chimiques est également stable :  19 substances déclinées dans environ 50 produits commerciaux.

C’est la catégorie des microorganismes qui est aujourd’hui la plus dynamique : elle est passée en un an de 39 à 47 représentants soit une progression de 20%. En Mars 2020, ces microorganismes sont déclinés dans environ 100 produits commerciaux différents. Leur mise en œuvre est cependant plus délicate car il s’agit d’organismes vivants et leur efficacité est dépendante d’une bonne implantation dans les conditions pédoclimatiques de la parcelle.

Quelques exemples de succès en France.

Les macro-organismes

Dans la catégorie des macro-organismes, près de 50% sont des insectes de l’ordre des hyménoptères.  Les macro-organismes sont très utilisés dans les cultures sous abris pour lutter contre les pucerons, les thrips, les aleurodes, les cochenilles….. Les milieux fermés sont particulièrement propices à cette méthode de lutte car l’implantation des macro-organismes y est plus facile. Le producteur peut la faciliter en cultivant des plantes hôtes dans sa serre.

Il y a en France un exemple réussi d’application de cette méthode de lutte en plein champ.

Plus de 150000 ha sont protégés avec des trichogrammes- Trichogramma brassicae – (micro-hyménoptères parasitoïdes oophages) contre la pyrale, un des principaux ravageurs du maïs. Ces micro-guèpes parasitent les œufs du ravageur qui ne donneront pas naissance à une chenille ravageur mais à un adulte trichogramme qui perpétuera la méthode de lutte. Plus 25% des surfaces de maïs protégées contre ce ravageur en France sont traités avec Trichogramma brassicae.

Cette méthode de lutte s’est améliorée au fil des années :

Le lâcher des trichogrammes à plusieurs stades larvaires a permis de couvrir toute la période de pontes du ravageur.

L’application par drone va faciliter l’application des trichogrammes (environ 350000 par ha).

Un autre hyménoptère, Cotesia typhae, est actuellement étudié pour lutter contre la sésamie du maïs, autre ravageur de cette culture en plein développement.

Les médiateurs chimiques 

Les phéromones sexuelles (médiateurs chimiques) sont utilisées avec succès en arboriculture contre le carpocapse et les tordeuses orientales des fruits. La presque totalité des vergers français sont traités.  Cette méthode de lutte appelée confusion sexuelle consiste à imiter la nature :  les phéromones sexuelles sont des molécules odorantes émises par la femelle pour attirer les mâles.

La saturation de l’atmosphère avec la phéromone normalement émise par la femelle désoriente le mâle et l’accouplement ne peut avoir lieu. Il n’y aura donc ni ponte ni nouvelle chenille du ravageur.

D’autres développements sont actuellement en cours pour lutter contre les vers de la grappe en vigne.

Ces substances sont également développées dans le cadre d’une autre méthode de lutte : le piégeage de masse. L’objectif est cette fois d’attirer un maximum d’adultes dans des pièges afin de les supprimer et de réduire leur descendance. Cette méthode se développe par exemple pour lutter contre le charançon rouge du palmier dans le cadre d’une protection intégrée faisant appel à d’autres solutions de biocontrôle (lâcher de nématodes entomopathogènes- Steinernema carpocapsae– et de champignons du type Beauveria bassiana).

Elle a été également mise au point pour lutter contre la pyrale du buis qui fait des ravages considérables en France. Le piège développé « buxatrap » permet de protéger une surface de 100 à 500 m2.

Les microorganismes : bactéries-virus-champignons.

Les microorganismes représentent un réservoir de nouvelles solutions pour le biocontrôle. Leur mise en œuvre est plus délicate car le producteur utilise des organismes vivants (bactérie, virus ou champignons).  Il doit donc s’assurer de leur bonne conservation et de leur bonne implantation dans la parcelle à protéger.

Bacillus thuringiensis (Bt) est le microorganisme star du biocontrôle utilisé depuis de nombreuses années. La souche « Bt Kurstaki » est la plus utilisée. Cette bactérie a l’avantage de produire des toxines spécifiques des larves de lépidoptères qui sont les principaux ravageurs des plantes cultivées.

Une autre bactérie moins connue, Bacillus vezelensis, est largement utilisée par les producteurs de champignons de Paris. Elle forme un biofilm à la surface du compost qui empêche le développement des bioagresseurs, en particulier de Trichoderma aggressivum capable de réduire de moitié la production de champignons de Paris.      

Dans la catégorie des virus, citons la carpovirusine développée à partir du virus de la granulose.

Lorsqu’elle est pulvérisée sur les pommiers, les larves de carpocapse la consomment. Le virus se réplique alors dans leur organisme et les détruit en quelques jours.

Prenons maintenant l’exemple d’un champignon, Coniothyrium minitans , développé plus récemment pour lutter contre l’une des maladies principales du colza : la sclérotiniose. Pulvérisé au sol, ce mycoparasite cause la destruction des hyphes et des sclérotes du sol de Sclérotinia sclerotiorum. La dégradation des cellules est permise par la production d’enzymes extracellulaires par le champignon.

Les substances naturelles

La dernière catégorie représentée par les substances naturelles est encore la plus utilisée par les producteurs. C’est sans doute parce que leur mode d’utilisation se rapproche le plus des produits phytosanitaires conventionnels.

Le soufre d’origine minérale, décliné dans plus de 100 références commerciales, est très utilisé en vigne contre l’oïdium et connait un nouveau développement en céréales à paille pour lutter contre la septoriose en association avec d’autres méthodes de lutte.  Le phosphate ferrique connait un essor récent pour lutter contre les limaces.

Un certain nombre de substances d’origine végétale ou animale sont en progression :

  • L’acide pélargonique en tant que désherbant total.
  • Le Cos-oga – association de fragments de pectine et de chitosan- sur oïdium et mildiou.
  • Les huiles essentielles Géraniol, Eugénol, Thymol pour lutter contre le botrytis.
  • L’huile essentielle d’orange douce contre les cicadelles, thrips, aleurodes ou l’oïdium.

Pour parvenir à une efficacité acceptable, il est très fréquent de devoir mettre en œuvre plusieurs solutions de biocontrôle ou une solution de biocontrôle en association avec un traitement conventionnel :

Pour lutter contre l’eudémis de la vigne, on pourra par exemple :

  • Faire une confusion sexuelle + un traitement conventionnel.
  • Faire une confusion sexuelle complétée d’un lâcher de trichogrammes –  + application de Bacillus thuringiensis si nécessaire.  Ce programme sera utilisable en agriculture biologique.

Les solutions de biocontrôle sont en progression constante depuis trois ans et représentent en 2018 environ 8% du marché de la protection des plantes.